Une chose est certaine en ce début d’année 2026, c’est qu’il ne fait pas bon être demandeur de protection internationale en Belgique. Le gouvernement fédéral l’avait annoncé, et il l’a fait : les règles sont désormais plus strictes en termes d’accès au séjour, au regroupement familial et à la nationalité. Ces mesures, qui visent à mieux réguler les flux de demandes de protection, ont aussi pour conséquence immédiate de mettre à la rue les candidats à l’asile qui ne seront plus pris en charge dans les réseaux d’accueil, et ce alors même qu’on ne compte plus les condamnations de l’Etat belge pour défaut d’accueil. Quant à celles et ceux qui obtiennent l’asile, les contraintes et obligations qui s’imposent à eux pour « mériter » leur intégration ne cessent de se durcir.
Sur le terrain, les travailleuses et travailleurs sociaux tentent de garder le cap. Ils et elles interpellent sur les situations souvent difficiles qu’ils vivent au quotidien auprès des bénéficiaires accompagnés, en même temps qu’ils et elles se tracassent sur l’avenir même de leurs moyens et de leurs marges de manœuvre. Face à ces réalités, il n’est pas simple de garder le cap.
Les lignes ne sont pas toujours claires entre des pouvoirs politiques qui ne tracent pas de manière précise les contours et perspectives des actions qu’ils entendent mener, d’une part, et l’attitude des administrations qui sont là avant tout pour veiller au respect des dispositions réglementaires, d’autre part.
Nous sommes là au cœur d’une relation tripartite fondamentale : les pouvoirs publics délèguent une partie de leurs missions de services à la collectivité vers le monde associatif (souvent au travers de mécanismes d’agrément), avec une administration qui veille à ce que les choses se passent au mieux.
Ce triangle magique devrait, en théorie, permettre de porter une vision concertée et complémentaire de l’action publique, mais sur le terrain, la situation est parfois plus complexe. Lorsque la concertation fait défaut, les rapports de force s’installent, avec, souvent, un impact négatif sur les actions de terrain (incompréhensions, délais allongés, tensions, défaut de communication, …).
Dans ce contexte, une phrase de la dernière déclaration de politique régionale pourrait pourtant contribuer à améliorer la dynamique : « Une Charte associative sera adoptée sous la forme d’un décret-cadre. Ce décret posera les principes de gouvernance des relations entre les pouvoirs publics et les associations ». La revoilà, cette fameuse Charte associative !
L’histoire de la Charte associative en Wallonie est celle d’un long cheminement du monde associatif pour faire reconnaître son rôle et structurer ses relations avec les pouvoirs publics. D’une demande de pacte bilatéral à une charte unilatérale, son parcours, marqué par des avancées significatives et de longues périodes de stagnation, illustre la complexité du dialogue entre la société civile et les institutions.
Le texte s’articule autour de plusieurs principes fondamentaux destinés à garantir un environnement favorable à la vie associative :
- La liberté d’association et d’expression : Reconnaissance de l’autonomie des associations dans la définition de leurs buts, leur organisation et leur capacité critique.
- L’égalité de traitement et la non-discrimination : Engagement à traiter de manière équitable les associations, notamment dans les procédures d’agrément et de subventionnement.
- La légalité et la transparence : Les règles encadrant les relations (reconnaissance, financement) doivent être claires, objectives et fixées à l’avance.
- La complémentarité : L’action associative est reconnue comme complémentaire et non concurrente à celle des services publics.
- Le soutien au volontariat : Une reconnaissance spécifique de l’importance de l’engagement bénévole.
Tout est là ! Les jalons d’une collaboration constructive sont posés. Que faudrait-il, dès lors, pour une mise en œuvre efficace ? De la confiance. Du dialogue. La conviction que les corps intermédiaires sont plus que jamais une pièce indispensable dans la construction d’une société solidaire et attentive à sa cohésion sociale. Et, surtout, la conviction que tout le temps qui n’est pas consacré à affiner les contours de cette relation tripartite est un temps qui peut être dédié directement à l’action sociale de terrain et l’accompagnement des publics. Et cela, au CRILUX, ça nous tient particulièrement à cœur





